Le défi : 30 jours pour devenir charismatique

Le défi : 30 jours pour devenir charismatique

 

L'aura, l'aura pas... l'aura ? Ou le charisme : ce pouvoir magnétique sur les autres tient du mystère ou de la diablerie. Pourtant, en chacun peut naître cette flamme. Même en Maxime, cadre effacé dans l'immobilier... 

Dîner en terrasse, bas les masques, spaghetti alle vongole dans les assiettes. Lui : "Tu bosses sur quoi en ce moment ?" Moi : "Le charisme, ou comment en avoir." Lui : "Ça m'intéresse, je suis une quiche !" Lui, c'est Maxime, 41 ans, directeur patrimoine sur le Grand Est. Il s'épanche : "Je pars le matin, boule au ventre, flippant de ne pas convaincre..." On commande un pichet de Muscadet.

C'est quoi, le charisme ? Un leadership ? Un swag ? Une "autorité naturelle qui provoque respect et admiration", définit le coach Andrew Leigh.(1) "Un pouvoir d'influence, un rayonnement, les charismatiques sont des gens lumineux", complète Sandrine Meyfret, directrice de Alomey Conseil (en management et leadership) (2) De Gandhi à Elvis Presley, de Barack Obama au dernier RH de votre boîte, de Booba à Hitler (c'était juste pour vous réveiller). Et quand il disparaît, notre charismatique laisse un vide, et "devient alors une âme errante, spectrale", comme l'écrit joliment le politologue Olivier Ihl, évoquant le Napoléon de Sainte-Hélène… 

L'intention de Maxime n'est pas de devenir le Bonaparte de sa boîte. Mais que parfois se produise ce prodige de capter. Ce miracle d'entraîner avec soi. Il n'y a pas de certification ISO du charisme, mais son étymologie grecque khàrisma signifiant "grâce" ou "don" lui confère une dimension magique et quasi religieuse. D'ailleurs, c'est saint Paul le premier qui écrivit sur la chose. Allo, Paulo ?

Messie ? Mais non ?

Mais le vrai théoricien fut le sociologue allemand Max Weber (3). Qui définissait trois types d'autorité : le "pouvoir traditionnel" (reposant sur les coutumes, comme pour le roi, le pape), le "pouvoir bureaucratique" (obtenu par le rang hiérarchique) et enfin "l'autorité charismatique" : celle-ci tient à une personnalité singulière dotée de qualités surhumaines, exceptionnelles qui profitera d'une catastrophe pour endosser le rôle de messie. Le conférencier François Aélion précise que "les grands charismatiques viennent souvent des périphéries un peu rugueuses, et pas du centre élitiste, pour révolutionner, tout changer. On ne les attend pas, ils ont un caractère providentiel." Maxime, fils d'ouvrier qui vient de Mayenne, serait-il de cette trempe ? César, sors de ce corps !

Inné ou acquis ?

Peut-il être dans mon ADN ? Ou est-ce mort ? Pudiquement, Sandrine Meyfret répond que "c'est une qualité, une vibration, que beaucoup n'ont pas." Et pour François Aélion, "il s'agit d'une exceptionnalité. Il faut une intensité rare." D'accord, mais sans virer Mozart ou Ronaldo, il y a peut-être moyen d'améliorer, raffiner son magnétisme, non ? L'écrivaine George Eliot a ce mot rassurant : "Il n'est jamais trop tard pour être ce que vous auriez pu être."

Selon le consultant marketing Tony Alessandra (4), "le charisme n'est pas inné, mais s'apprend : par le langage, la posture, l'attitude envers l'autre, et une agilité intellectuelle." À la clef, "un ascendant, une attraction, un pouvoir informel, dit le sociologue Jacques Ellul. La parole du charismatique convainc par une sorte d'évidence, plus que par sa rationalité ou son éloquence. Ses ordres ne sont pas discutés. Il est sacré, et exerce sur les hommes une fascination." Maxime me répond qu'il aimerait déjà juste qu'on l'écoute quand il l'ouvre en réunion.

Charme n'est pas charisme

Mon ami me promet de déployer des stratégies pour plaire. Je l'arrête. Ce serait confondre avec le "charme", jugé "bien superficiel" par Andrew Leigh : "Il ne s'agit pas de séduire mais d'inspirer, stimuler, réjouir, pousser l'autre à agir." François Aélion va plus loin : "On doit être ancré dans sa propre puissance, authentique. Dans la séduction, on se met hélas dans la puissance de l'autre."

Et puis tout est vain, s'il n'y a pas un... combat. On se souvient de ce poème des Châtiments de Victor Hugo: "Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont ceux dont un dessein ferme emplit l'âme et le front." Maxime doit se trouver un combat.

Et puis oui, il faut intégrer l'autre. Andrew Leigh insiste : "Le charisme, c'est afficher cette capacité empathique à comprendre l'autre, ses croyances, ses blocages. Vous devez vous intéresser à votre prochain, le valoriser, rebondir sur ses idées, lui donner l'impression qu'il participe et co-construit." Mais alors... Le charisme, c'est de la manipulation ?! Vaste question et enfoncement de porte (de bureau) ouverte. Sandrine Meyfret répond : "On n'oblige personne à nous suivre. On induit l'envie de le faire. Chacun a son libre-arbitre."

Faire bonne mesure

Je glisse à Maxime une batterie de questions, évoquées dans le livre d'Andrew Leigh. "Suis-je expert en quelque chose ?" "Est-ce que je soigne ma réputation ?" "Quand je parle en public, me fait-on souvent répéter ?" "Suis-je du genre à tergiverser ?" (le "bégaiement comportemental", selon l'auteur). "Je regarde les gens dans les yeux ?" "Je sais jouer des silences ?" "Je doute de mes décisions ?"

Sur 10, la note ne décolle pas du 4

Leigh propose aussi ce tableau simple : "Comment j'aimerais être vu / Comment je crains d'être vu"... De quoi voir le chemin à parcourir ! Maxime fait le test sur une situation donnée : l'entrée dans l'open space. Le charismatique doit se sentir "entouré d'un arc-en-ciel, relève Tony Alessandra, dont les teintes correspondent aux aspects émotif, psychologique, intellectuel, spirituel, physique de l'être." Maxime ne se sent pas cette force vitale et semble s'excuser en lançant ses "bonjour". Faut que ça change !

La posture

Andrew Leigh, toujours, propose de se filmer chez soi ou au bureau quand personne n'est là. Exit la démarche voûtée du loser, bienvenue le regard circulaire, le sourire (on y revient), et la démarche posée et assurée. Il n'est pas interdit de se faire aider par un synergologue, qui sait décrypter le langage du corps. Selon les travaux du psychologue Albert Mehrabian, 55 % de la communication serait non verbale et même non vocale.

Un charismatique sait repérer les signaux faibles de l'autre quand il lui parle : un déplacement d'objet indique que l'interlocuteur rejette discrètement votre idée (à vous de le reconquérir), le doigt posé sur les lèvres (le geste pistolet) et sans doute s'empêche-t-il de poser une question, s'il penche la tête, regard intense, il est tout ouïe... Quoiqu'il en soit, l'eye contact est primordial. Marilyn Monroe qui faisait du shopping incognito avec un ami, par jeu, s'était mise soudain à toiser les passants : illico, tout le monde s'est mis à la reconnaître !

Souriez, vous êtes zieuté

Un charismatique est optimiste. Tony Alessandra parle de "l'élixir de l'enthousiasme". "Pas un optimisme béat, intervient Sandrine Meyfret, mais une envie sincère, dynamique de participer au monde qui se construit, avec ceux qui le composent." L'histoire est pavée de ces "éclairés" qui d'une faiblesse ont fait une force : de Roosevelt (atteint du syndrome Guillain-Barré) à Helen Keller (sourde et aveugle, qui a inspiré la pièce "Miracle en Alabama"), leur courage a alimenté leur charisme. Cette solarité. Le sourire est la clef. "Il coûte moins cher que l'électricité, mais il donne autant de lumière", ironisait l'Abbé Pierre. Maxime applique alors ce conseil glissé par Sandrine Meyfret : "Sourire, pleinement, et considérer que l'autre n'est pas un ennemi. Vous verrez alors que le sourire est miroir et gage de confiance." Maxime tente, smile... et l'emporte à pleines dents.

Éveiller sa présence

Pas en s'accrochant une guirlande au cou. Il y a mille moyens. D'abord, être dans l'ici et maintenant, ressentir le lieu, les gens, le moment. Ça exige de l'intelligence émotionnelle, d'accepter même d'être vulnérable. Macron ou Beyoncé pleurent, vous savez. Pour Andrew Leigh, il faut "savoir rester soi dans un monde qui change en permanence". Mais avec ce plus : se transfigurer. Paul Newman, dans la vie ordinaire, selon sa femme, était un nobody. Devant les caméras, il devenait une star.

Enfin, ce qui manque à Maxime, c'est l'élévation des idées. "Viser haut, voir grand, juger large", disait De Gaulle. Au bout d'un mois, il est encore tôt. Mais notre ami Maxime va bosser son hubris, c'est-à-dire sa démesure. Et prophétiser : imaginer ce qui pourrait se passer si. Martin Luther King et son "dream", Kennedy et son bonhomme sur la Lune avaient vu loin. Maxime doit oser prédire. Conjecturer. Même s'il se plante. On n'est jamais à l'abri d'un bon prono. Mais toujours avec cette qualité cardinale : l'humilité/l'humus. Comme le dit joliment le consultant François Aélion, "le prince charmant est charmant car il descend de son cheval et pose le genou à terre". Maxime comprend. Et entrevoit déjà le conte de fées qui s'offre à lui.

Source : https://www.capital.fr/votre-carriere/le-defi-30-jours-pour-devenir-charismatique-1431884